Le saviez-vous ?
En France, on ajoute des sels d'aluminium (sulfate d'aluminium, chlorure de polyaluminium) à l'eau brute pour la rendre claire et limpide : ils agglomèrent les particules, qui tombent au fond des bassins. C'est légal, c'est courant, et une partie de l'aluminium reste dans l'eau du robinet. Vérifiez si la vôtre en garde.
⚠️ Ce que vous ne lisez jamais sur un bulletin
L'aluminium n'a pas de limite de qualité dans l'eau du robinet. Il a une référence de qualité. Le mot change tout : on peut la dépasser, et l'eau reste conforme. La phrase « eau conforme aux limites de qualité » est vraie. Elle ne parle simplement pas de l'aluminium.
Une seule substance, cinq chiffres
Tous en microgrammes par litre. Lisez-les de haut en bas.
La limite pour l'eau de dialyse (norme ISO 23500-3). Quand l'eau entre directement dans le sang, on ne tolère pas plus. Dans les années 1970, l'aluminium de l'eau municipale a provoqué une épidémie de démence dialytique : vingt patients touchés dans un même centre, dix-neuf morts. L'eau des dialysés ›
Notre repère Détective. Deux fois la limite de dialyse, cinq fois en dessous du signal de l'étude de Gironde. Au-dessus, votre fiche passe en orange et vous le dit.
⚠️ Notre seuil d'alarme ⚠️. Une pointe à ce niveau, même une seule fois en dix ans, vous est signalée en rouge, avec sa date. Une eau conforme aujourd'hui ne l'a pas toujours été.
Le signal de l'étude PAQUID (Inserm, Bordeaux) : sur des années de suivi de personnes âgées en Gironde et Dordogne, le risque de démence était environ doublé chez celles dont l'eau dépassait 100 µg/L. L'ANSES le cite, tout en jugeant qu'un lien de cause à effet « ne peut être raisonnablement envisagé » en l'état des connaissances. Les chercheurs, eux, parlent d'une association qui mérite prudence. En novembre 2010, la députée Delphine Batho posait la question au ministre, en citant cette étude et les 2,7 millions de Français : la question est publique ↗. Elle n'a jamais reçu de réponse, retirée en 2012 à la fin de la législature.
La référence de qualité française. Pas une limite sanitaire : un repère de bon fonctionnement de l'usine. La dépasser déclenche une vérification du traitement, pas une restriction d'usage. En 2007, l'AFSSA estimait que 2,7 millions de Français avaient bu une eau au-dessus de cette référence. Et 200 n'est pas un plafond : certaines communes publient des relevés bien au-dessus, et restent conformes.
Ça existe, et ça ne se voit nulle part. Aucune carte officielle ne montre les communes qui dépassent 200. La seule façon de le savoir est de lire les relevés une commune à la fois. C'est ce que fait ce site, et c'est pour cela qu'on vous donne dix ans d'historique.
La double échelle : conforme jusqu'où ?
Deux substances, deux règles. Touchez un chiffre pour lire ce qu'il veut dire.
Échelle logarithmique, en µg/L pour l'aluminium et en mg/L pour les nitrates : seule la règle est comparée, pas les quantités. Le record d'aluminium mesuré en France n'est publié nulle part : aucune carte officielle ne le montre. C'est l'une des raisons du moteur national que nous préparons.
Référence ou limite : le mot qui change tout
Deux colonnes dans le même arrêté. Deux conséquences qui n'ont rien à voir.
Limite de qualité
Nitrates, plomb, pesticides, PFAS. La dépasser rend l'eau non conforme. Le maire doit informer, restreindre, corriger. C'est ce que couvre la phrase « conforme aux limites de qualité ».
Référence de qualité
Aluminium, sulfates, chlorures, conductivité, fer. La dépasser ne rend pas l'eau non conforme. Elle reste distribuée, avec la même phrase rassurante. Le dépassement existe, il n'est simplement pas qualifié d'infraction.
C'est pourquoi une fiche officielle peut afficher un aluminium à 250 µg/L et conclure « eau conforme ». Ce n'est pas un mensonge. C'est une phrase qui ne dit pas tout, et qu'on vous apprend à lire.
D'où vient l'aluminium de votre eau ?
Il n'est pas tombé du ciel. On l'ajoute.
La plupart des usines de potabilisation utilisent des sels d'aluminium comme coagulant : ils agglomèrent les particules et les matières organiques, qui sont ensuite filtrées. L'eau sort plus claire. L'aluminium est censé être retiré avec les flocons. Il en reste parfois une trace, plus ou moins grande selon le réglage de l'usine et la qualité de l'eau brute.
C'est pour cela que l'aluminium varie d'un relevé à l'autre : 0 un jour, 48 un autre. Une valeur du jour ne dit rien. C'est l'historique qui parle, et c'est pour cela que votre fiche regarde dix ans en arrière. Paris, elle, utilise depuis les années 1980 un coagulant à base de fer.
Ce qu'on en fait, concrètement
Sur votre fiche
Le résumé d'un écran vous dit en une ligne où en est l'aluminium, sa courbe sur dix ans, et le nombre de relevés au-dessus de 20 et de 50. Pas de chiffre sans son contexte.
Chez vous
Les carafes, filtres à gravité et gourdes laissent passer l'aluminium dissous. À l'échelle d'une maison, seule l'osmose inverse le retient, au-dessus de 95 %. Substances et filtration ›
« L'aluminium ne sert à rien dans l'organisme humain. Pire, à fortes doses ou à doses régulières, il est toxique. » Guy Berthon, ancien directeur de recherche au CNRS
Ce que ce site ne dit pas
Il ne dit pas que l'aluminium de l'eau cause la maladie d'Alzheimer. Personne ne l'a prouvé, et l'ANSES le rappelle.
Il dit qu'une étude sérieuse a vu un signal à 100, que la dialyse s'arrête à 10, que la loi tolère 200 sans conséquence, et qu'entre ces chiffres, c'est à vous de choisir votre marge.
Les sources
- ANSES, synthèse aluminium et eau : cite l'association au-dessus de 100 µg/L et conclut à l'absence de lien causal démontré.
- Rondeau et coll., American Journal of Epidemiology, 2000 : cohorte PAQUID, risque de démence et aluminium de l'eau au-dessus de 0,1 mg/L.
- Rondeau et coll., American Journal of Epidemiology, 2009 : même cohorte, quinze ans de suivi.
- AFSSA, AFSSAPS, InVS, 2003 : évaluation des risques liés à l'aluminium, eaux, aliments, produits de santé.
- Question écrite de Delphine Batho, 16 novembre 2010 : aluminium, Alzheimer, 2,7 millions de Français ; retirée sans réponse en 2012.
- Réponse ministérielle, Assemblée nationale : l'aluminium, paramètre indicateur de 200 µg/L, « plus de 97 % des contrôles conformes » en 2007.
- Arrêté du 11 janvier 2007 : limites et références de qualité, les deux colonnes.
- L'eau des dialysés, sur ce site : ISO 23500-3, l'épidémie de démence dialytique (Dunea et coll., Annals of Internal Medicine, 1978).