Le chlorure, c'est la moitié du sel. Le sel de table, c'est du chlorure de sodium : 60 % de chlorure, 40 % de sodium, en poids. Quand l'ARS écrit « chlorures 250 mg/L », il faut lire « l'équivalent de 0,4 g de sel par litre ».
Et 250, c'est une référence, pas une limite. Au-dessus, l'eau reste conforme. Le repère existe pour le goût et pour les canalisations, pas pour la santé : l'OMS n'a fixé aucune valeur sanitaire pour les chlorures.
La graduation, de la pluie à la mer Morte
Échelle logarithmique : chaque pas vers la droite multiplie par dix. Sinon, l'eau du robinet et la mer ne tiendraient pas sur la même page.
Eau de pluie, torrents de montagne, Le Mas. Presque rien : le chlorure vient du sel marin porté par les nuages.
La plupart des robinets de France. Un peu de sol, un peu de sel de déneigement, un peu de rejets humains.
La référence de qualité. 0,4 g de sel par litre, 0,1 g dans un verre. Vichy Célestins est à 235, Saint-Yorre à 322 : personne ne les trouve salées. Au-dessus, l'eau reste conforme.
Le seuil du goût. Une partie des gens commence à sentir quelque chose vers 250, surtout si le sodium monte avec ; vers 500, le goût est net pour presque tout le monde.
Eau saumâtre. Nappes du littoral où la mer avance quand on pompe trop l'été. On la boit si on n'a rien d'autre, on ne l'aime pas.
Le sérum physiologique (9 g de sel par litre), ce qu'on vous perfuse à l'hôpital. Imbuvable en quantité : plus salé que le sang ne le supporte par la bouche.
La mer. 35 g de sel par litre. En boire déshydrate : le rein a besoin de plus d'eau pour éliminer le sel qu'il n'en reçoit.
La mer Morte. Dix fois la mer. On y flotte, on n'y boit pas.
Vos chlorures, en sel
Une pincée du bout des doigts. Certains palais la sentent, la plupart non.
À 250, l'eau est conforme et elle se boit. Le repère parle aux tuyaux plus qu'à votre verre.
Alors pourquoi 250 ?
Pour les tuyaux
Les chlorures rongent le métal. Au-dessus de 250, la corrosion des canalisations s'accélère et libère ce qu'elles contiennent : plomb, cuivre, fer. C'est là que le chlorure devient un problème de santé, par ricochet.
Pour le goût
250, c'est à peu près là où l'eau commence à avoir un goût pour les palais sensibles. Une référence de confort, pas une barrière sanitaire.
Ce qui compte vraiment pour la santé, c'est le sodium qui l'accompagne (référence 200 mg/L), surtout pour les cœurs et les reins fragiles, et pour les biberons. C'est pour cela que les eaux « convient aux nourrissons » affichent un sodium bas.
Ce que le Détective en retient
Une eau à 300 mg/L de chlorures est conforme, buvable, et légèrement salée. Ce n'est pas une alarme pour votre verre. C'est une question pour vos canalisations, et un indice : une eau chargée en sel est une eau chargée tout court. Regardez la conductivité à côté.
Sources
- OMS, Guidelines for drinking-water quality, 4e édition : pas de valeur sanitaire pour les chlorures ; seuil gustatif autour de 250 mg/L selon le cation associé.
- Arrêté du 11 janvier 2007 : chlorures 250 mg/L et sodium 200 mg/L en références de qualité (annexe I, partie B).
- Étiquettes Vichy Célestins (chlorures 235 mg/L), Saint-Yorre (322 mg/L), Badoit (44 mg/L) : analyses imprimées sur les bouteilles.
- Eau de mer : salinité moyenne 35 g/L, dont environ 19,4 g/L de chlorure (océanographie de base). Sérum physiologique : NaCl 9 g/L, soit 5,5 g/L de chlorure.
- OMS, réduction du sel : moins de 5 g de sel par jour pour un adulte.