La réglette des filtrations

Tous les filtres ne jouent pas dans la même cour. Voici, du grain de sable à la molécule dissoute, ce que chaque procédé arrête vraiment.

On ne suppose pas. On mesure.

Ce qui passe, ce qui reste

Tant qu'un pore est plus large que la molécule, elle passe. Le charbon, lui, ne retient pas par la taille mais par affinité.

Échelle des contaminants de l'eau, du cheveu humain à 70 microns au pore de membrane d'osmose inverse à 0,0001 micron, et les cinq étages de traitement traversés par le flux.
Du cheveu humain au pore de membrane, et les cinq étages que l'eau traverse. Touchez l'image pour la voir en grand

Cinq mondes, et ils ne se touchent pas

Chaque étage est dix à cent fois plus fin que le précédent. Lisez du haut vers le bas.

10 à 100microns

Tamisage

Sable, rouille, particules visibles. C'est le préfiltre d'entrée, celui qui protège le reste. Un cheveu fait 70 microns.

0,1 à 10microns

Microfiltration

Bactéries, kystes, microplastiques. Ici commence le monde du vivant. En dessous de ce seuil, une bactérie ne passe plus.

bactéries arrêtées
0,01 à 0,1micron

Ultrafiltration

Virus, colloïdes, nanoplastiques, grosses molécules organiques. Les sels dissous, eux, traversent toujours.

virus arrêtés
0,001 à 0,01micron

Nanofiltration

Pesticides, résidus de médicaments, calcaire, sulfates. Une bonne partie des nitrates et des PFAS passe encore.

molécules organiques
moins de
0,0001
micron

Osmose inverse

Nitrates, PFAS, plomb, arsenic, sels dissous. On descend à l'échelle de l'ion, soit à peine trois fois la taille d'une molécule d'eau.

le dernier étage

Et la cartouche charbon plus résine, elle est où ?

Nulle part sur cette échelle. Son fabricant l'écrit lui-même : il n'y a aucune filtration à tamis dans le dispositif, et aucune valeur en microns ne peut être donnée.

Ce n'est pas une critique, c'est une autre famille. Du charbon en grains et des billes de résine ne forment pas une barrière, mais un lit de contact. Les molécules organiques s'y collent, les ions s'y échangent. Ce qui n'a ni affinité ni charge traverse sans rien rencontrer.

Conclusion directe : un microplastique est une particule. On l'arrête avec une maille, pas avec de l'adsorption. Sans tamis, la promesse sur les microplastiques n'a aucun support physique.

Et une résine échangeuse d'ions ne retire rien, elle troque. C'est écrit dans son nom. Elle arrive chargée en chlorures, et chaque fois qu'elle capte quelque chose, elle relâche autant de chlorures dans le verre. Un sulfate entre, deux chlorures sortent. Un nitrate entre, un chlorure sort. Le fabricant le constate lui-même dans son rapport, où la concentration en chlorures est plus élevée après filtration qu'avant. Il appelle cela un relargage.

Disons-le comme il faut, pour que personne ne s'affole : le chlorure est un sel, celui du sel de table, et non le chlore désinfectant que l'on sent au robinet. Les quantités en jeu, environ 4 milligrammes par litre, sont très loin de la référence de qualité fixée à 250. Ce n'est donc pas un danger. C'est simplement le rappel qu'un échange n'est pas un retrait, et que la charge totale de l'eau, elle, ne descend pas d'un milligramme.

Pourquoi nous allons jusqu'au dernier étage

Le choix se fait sur ce qu'on veut retirer, pas sur ce qu'on veut dépenser.

L'ultrafiltration et la nanofiltration sont d'excellents procédés, et chacun a son terrain. L'ultrafiltration est précieuse sur un puits ou une eau de source, là où le risque est bactérien.

Mais sur une eau de ville, déjà chlorée et déjà contrôlée, le risque n'est plus vivant. Il est dissous. Nitrates, PFAS, résidus de traitements, métaux repris dans les canalisations. Or tout cela vit dans le dernier étage de la réglette, celui que seule l'osmose atteint.

Vue rapprochée de la surface d'une membrane d'osmose inverse : le courant d'eau chargé en ions arrive, les ions butent sur la surface et repartent dans le rejet, et seule l'eau traverse les pores.
La membrane vue de tout près. Rien n'est piégé dedans : ce qui ne passe pas repart avec le rejet. Touchez l'image pour la voir en grand
Et le rejet, parlons-en franchement. Oui, une osmose rejette de l'eau. C'est le prix du dernier étage : il faut un courant permanent pour balayer la membrane, sinon elle s'encrasse en quelques semaines. Avec une pompe de surpression, ce rejet se réduit fortement, et chez nous il part au jardin, au lavage des sols ou aux toilettes. Environ 80 pour cent de ce rejet est réutilisé. En région méditerranéenne, un jardin ne dit jamais non à de l'eau.

Chacun son métier

Le vrai sujet n'est pas la marque. C'est qui vous accompagne.

Mal aux dentsOn va chez le dentiste, pas chez le médecin généraliste. Les deux sont compétents, un seul a la spécialité.
Le chien est maladeOn appelle un vétérinaire, pas la voisine qui a eu un chien autrefois.
Une fuite d'eauOn fait venir un plombier. Personne n'envisage de la réparer par colis postal.
La qualité de l'eauElle demande un appareil de mesure et quelqu'un qui sait le lire. Ce n'est ni de la plomberie, ni du commerce en ligne.
Le point commun de ces quatre situations. Dans chacune, quelqu'un se déplace, regarde, mesure et répond de ce qu'il a fait. Un colis ne fait aucune de ces quatre choses.