Le dossier aluminium · ce qu'on boit

L'aluminium dans ce qu'on boit

On s'inquiète, à raison, de 200 µg/L au robinet. Mais une canette de thé glacé en apporte autant que dix-sept verres de cette eau. Voici ce que disent les mesures publiées, boisson par boisson, et le simulateur de votre semaine.

La réponse courte : l'eau en bouteille contient très peu d'aluminium. Le champion, c'est le thé, glacé ou infusé, parce que la plante elle-même l'accumule. La canette en ajoute un peu quand elle est fraîche, beaucoup quand elle vieillit ou se cabosse.

0,64µg/L, eau en bouteille (médiane, 85 échantillons)
58 à 201µg/L, cola en canette 33 cL
1 458 à 3 504µg/L, thé glacé noir ou vert

Toutes les boissons sur la même règle

Chaque barre va du plus bas au plus haut chiffre publié. Les traits verticaux sont nos repères : 10 (dialyse), 20 (le Détective s'inquiète), 50 (⚠️ alarme ⚠️ du Détective), 200 (la référence légale du robinet).

Échelle logarithmique : chaque graduation vaut dix fois la précédente. Sans elle, l'eau en bouteille serait invisible à côté du thé. Ces repères sont ceux de l'eau : aucune limite d'aluminium n'existe pour les sodas, les thés ou les laits.

Le simulateur de votre semaine

Votre eau du robinet, vos thés, vos canettes : combien d'aluminium passe par votre verre en une semaine, et quelle part vient de quoi.

Dose hebdomadaire tolérable de l'EFSA : 1 mg par kg de poids et par semaine. Un calcul d'ordre de grandeur, pas un diagnostic : l'intestin n'absorbe qu'environ 0,1 % de l'aluminium bu (EFSA), un peu plus pour le thé (0,37 %). Rien n'est enregistré : tout reste dans votre téléphone le temps du calcul.

Le détail, boisson par boisson

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💧 Les eaux en bouteille : presque toujours sous 20

Dans les îles Britanniques, 85 eaux en bouteille venant de 67 sources : médiane 0,64 µg/L, 90 % sous 5,38 µg/L, maximum 14,6 µg/L. Un peu plus dans le verre que dans le PET. (Smedley, 2010)

La même eau vendue en verre et en PET (294 échantillons) : sept fois plus d'aluminium en médiane dans le verre, qui en contient et en relâche lentement. Dans un test acide à pH 3,5, jusqu'à 68 µg/L après des mois. Le PET, lui, relâche surtout de l'antimoine, et davantage quand il chauffe. (Reimann et al., 2010 ; 2012)

Sur 571 eaux minérales de 23 pays d'Europe, l'aluminium est nettement plus présent dans l'eau du robinet que dans l'eau en bouteille. (Bertoldi et al., 2011)

Ce que dit la règle : l'Europe ne fixe aucune limite d'aluminium pour les eaux minérales naturelles. La France retient 200 µg/L comme référence pour certaines eaux conditionnées, et 200 µg/L aussi pour avoir le droit d'écrire « convient pour la préparation des aliments des nourrissons ». C'est le même chiffre qu'au robinet. (arrêté du 14 mars 2007 ; arrêté du 28 décembre 2010)

Les marques : aucune étude trouvée ne publie l'aluminium d'une eau française nommée.

🥫 La canette : de quoi elle est faite, et ce qu'elle relâche

Le corps est en alliage d'aluminium au manganèse (3004 ou 3104), le couvercle en alliage aluminium et magnésium (5182), plus rigide pour tenir la pression. L'intérieur est toujours verni : un film de plastique empêche la boisson acide de toucher le métal. Ces vernis étaient faits au bisphénol A ; la France l'interdit dans les contenants alimentaires depuis 2015, l'Europe depuis le règlement (UE) 2024/3190, avec une transition de 18 à 36 mois.

Tant que le vernis tient, la canette ajoute peu : un cola frais en canette de 33 cL contient 57,6 à 163,5 µg/L, contre 30,8 à 51,1 µg/L en verre. Avec le temps, ça monte : 123 à 201 µg/L pour des canettes de 33 cL vieillies, et 1 510 µg/L en moyenne dans les petites canettes de 15 cL, où le métal est plus présent par litre. (Helm et al., 2025)

L'acidité accélère tout. Les colas ont un pH autour de 2,5 (acide phosphorique), les sodas aux fruits contiennent de l'acide citrique. Dans une étude australienne ancienne, les colas en canette contenaient en moyenne 658 µg/L, contre 240 µg/L en verre. (Duggan et al., 1992)

Une canette cabossée peut fissurer son vernis : jusqu'à 12 200 µg/L dans un thé en canette abîmée après six mois. Les auteurs conseillent de boire dans les deux mois suivant la mise en canette. (Veríssimo et Gomes, 2008)

🍵 Thés glacés et thé infusé : la plante, pas l'emballage

Le théier puise l'aluminium du sol et l'accumule dans ses feuilles : en moyenne 1 340 mg par kg pour le thé vert, 1 070 pour le thé noir. Une infusion de cinq minutes contient en général 1 000 à 6 000 µg/L. (Street et al., 2007) Sur 35 thés du commerce : 510 à 8 900 µg/L, davantage pour les sachets que pour le vrac. (Molecules, 2023)

19 thés glacés prêts à boire, quatre grandes marques (non nommées, Brésil) : thé noir 2 389 à 2 892 µg/L, thé vert 1 458 à 3 504, thé blanc 875 à 1 279, maté 289 à 2 094. (Milani et al., 2020)

L'intestin en absorbe peu : environ 0,37 % pour l'aluminium du thé. (Yokel et Florence, 2008)

🥤 Colas, sodas à l'orange, énergisantes, bières, jus

Colas et sodas en verre ou en PET : déjà 12 à 53 µg/L environ, apportés par l'eau de fabrication, le sucre, les arômes et les acides. (Helm et al., 2025)

Sodas à l'orange : 17,2 à 31,2 µg/L en PET ; l'aluminium y monte plus vite avec le temps qu'ailleurs, plus de 1 000 µg/L en canette vieillie. (Helm et al., 2025)

Boissons énergisantes : 150 à 7 150 µg/L en canette, 10 à 120 µg/L en PET. (Martins et al., 2020)

Bières : environ 160 µg/L en canette ou bouteille, moins de 500 µg/L pour les bières pression. (Duggan et al., 1992 ; Stahl et al., 2011)

Jus de fruits : moins de 5 000 µg/L pour la plupart, mais trois échantillons allemands à 19 000 et 47 000 µg/L (un nectar de griotte, deux jus de pomme). L'agence allemande BfR a demandé dès 2008 de ne plus stocker les jus dans des cuves en aluminium. (Stahl et al., 2011)

Les marques : aucune étude trouvée ne publie de chiffre pour Coca-Cola, Orangina, Lipton Ice Tea ou Fuze Tea. Les chiffres ci-dessus valent pour la catégorie, mesurée souvent hors de France (Autriche, Brésil, Australie).

🍼 Laits infantiles : là où ça compte le plus

30 laits infantiles britanniques, tous contaminés : 155 à 422 µg/L pour les prêts à boire, 656 et 756 µg/L pour les laits au soja. Apport estimé : 100 à 300 µg par jour pour un nourrisson. (Chuchu et al., 2013 ; Burrell et Exley, 2010)

Laits pour prématurés : 49,9 à 249,4 µg/L ; compléments pour prise de poids : jusqu'à 1 956 µg/L. (Redgrove et al., 2019)

En France, selon l'enquête de l'association 60 Millions de consommateurs (2014) citée à l'Assemblée nationale, plus de la moitié des laits premier âge testés tournaient autour de 153 µg/L ; aucune trace dans les laits bio testés. (question écrite, 2014)

À retenir pour un biberon : si le lait apporte déjà de l'aluminium, l'eau qui le reconstitue ne doit pas en ajouter. C'est tout le sens de nos repères 20 et 50.

🏛 Ce que disent les agences
  • EFSA (2008) : dose hebdomadaire tolérable de 1 mg par kg de poids et par semaine. L'intestin absorbe environ 0,1 % de l'aluminium des aliments et boissons ; les emballages ne pèsent qu'une petite part de l'apport total. (avis EFSA)
  • ANSES, étude de l'alimentation totale EAT2 : exposition moyenne sous cette dose, mais dépassée par 0,2 % des adultes et 1,6 % des enfants. Chez l'adulte, le thé pèse 11 % de l'aluminium avalé, derrière les céréales (20 %) et les légumes (14 %) ; les sodas ne sont pas parmi les grands contributeurs. (ANSES) L'étude suivante, EAT3, est parue le 12 février 2026 : ses chiffres sur l'aluminium restent à relire dans le rapport de l'ANSES avant d'être cités ici.
  • BfR (Allemagne) : réduire l'aluminium de toutes les sources évitables ; ce qui vient des emballages et ustensiles ne devrait pas dépasser 6 mg par semaine pour 60 kg. (BfR)
  • Conseil de l'Europe (2013) : un métal au contact des aliments ne devrait pas relâcher plus de 5 mg d'aluminium par kg d'aliment. Une valeur de prudence, pas de toxicité. (CM/Res(2013)9)
  • Union européenne (2012) : les additifs à l'aluminium, colorants en laque compris, ont été restreints. (règlement 380/2012)

Une canette de 33 cL, en verres d'eau

Un verre de 25 cL d'une eau à 200 µg/L apporte 50 µg. Calculs faits par nos soins, à partir des teneurs publiées, pour un adulte de 60 kg.

Canette de 33 cLAluminiumVerres d'eau à 200Dose de la semaine
Cola en canette fraîche19 à 54 µg0,4 à 1,10,03 à 0,09 %
Cola en canette, étude de 1992217 µg4,30,36 %
Thé glacé noir865 µg171,4 %
Boisson énergisante en canette, le plus haut2 360 µg473,9 %

Alors, l'eau du robinet, ça compte encore ?

Oui, pour trois raisons. L'eau, on en boit tous les jours, en litres, toute la vie, alors qu'un thé glacé reste un choix. Elle sert aux biberons, et le lait infantile apporte déjà sa part. Et les personnes dialysées ou aux reins fragiles éliminent mal l'aluminium : c'est pourquoi l'eau de dialyse est tenue sous 10 µg/L.

Mais présence n'est pas risque. Ces chiffres disent ce qu'il y a dans la boisson, pas ce qui passe dans le sang. Ils servent à mettre les 200 µg/L du robinet à leur juste place : ni banals, ni seuls en cause.

Six gestes simples

🍼 Biberon : une eau peu chargée, jamais un thé ni un soda ; les laits au soja seulement sur avis médical.
🥫 Canette : la boire dans les semaines qui suivent l'achat, et jamais cabossée.
☀️ Chaleur : ni canette ni bouteille au soleil ou dans une voiture chaude.
🍵 Thé : infuser trois à cinq minutes, pas plus ; le vrac plutôt que le sachet.
🫙 Jus maison : ne pas le garder dans un récipient en aluminium.
🔎 Votre eau : regardez son aluminium sur dix ans, relevé par relevé, avec l'enquête du Détective.

Aller plus loin

Pourquoi le Détective s'alarme à 20 et à 50 · L'eau des dialysés · La fiche aluminium du glossaire · La bibliothèque aluminium

Les sources

Rapport de recherche du 15 octobre 2026. Les études anciennes (1992, années 1990) datent d'autres vernis : elles sont citées pour la tendance, l'étude autrichienne de 2025 pour le présent.

  1. Smedley, British Geological Survey, Applied Geochemistry, 2010
  2. Reimann, Birke et Filzmoser, Applied Geochemistry, 2010
  3. Reimann, Birke et Filzmoser, Applied Geochemistry, 2012
  4. Bertoldi et al., Journal of Food Composition and Analysis, 2011
  5. Helm, Gradwohl et Jirsa, Food Packaging and Shelf Life, 2025 (Autriche)
  6. Duggan et al., Medical Journal of Australia, 1992
  7. Veríssimo et Gomes, Science of the Total Environment, 2008 (Portugal)
  8. Šeruga et al., Zeitschrift für Lebensmittel-Untersuchung und -Forschung (Croatie)
  9. Martins et al., Biological Trace Element Research, 2020 (Brésil)
  10. Milani et al., Food Research International, 2020 (Brésil)
  11. Street et al., Food Chemistry, 2007 (République tchèque)
  12. Étude slovène sur 35 thés, Molecules, 2023
  13. Yokel et Florence, Food and Chemical Toxicology, 2008
  14. Stahl, Taschan et Brunn, Environmental Sciences Europe, 2011 (Allemagne)
  15. Chuchu, Patel, Sebastian et Exley, BMC Pediatrics, 2013 (Royaume-Uni)
  16. Burrell et Exley, BMC Pediatrics, 2010
  17. Redgrove et al., IJERPH, 2019
  18. Assemblée nationale, question écrite citant 60 Millions de consommateurs, 2014
  19. EFSA, avis sur l'aluminium, 2008
  20. ANSES, exposition alimentaire à l'aluminium (EAT2)
  21. BfR, questions et réponses sur l'aluminium
  22. Conseil de l'Europe, résolution CM/Res(2013)9, métaux et alliages
  23. Règlement (UE) 380/2012, additifs à l'aluminium
  24. Arrêté du 14 mars 2007, eaux conditionnées
  25. Arrêté du 28 décembre 2010 (mention nourrissons)