Le rapport OPropre, lu en entier

Le fabricant publie une étude sur son filtre. Nous l'avons lue jusqu'à la dernière page, et comparé chaque chiffre à ce qui est écrit sur la fiche produit.

On ne suppose pas. On mesure.

1De quoi parle-t-on

Avant de discuter des résultats, savoir ce qu'on lit.

Le document mis en ligne par le fabricant est un rapport de stage de deuxième année de BUT Chimie, d'une durée de deux mois, réalisé au Laboratoire de Chimie de l'Environnement d'Aix-Marseille, en partenariat avec l'entreprise.

Le travail est sérieux. Les appareils utilisés sont ceux d'un vrai laboratoire, les protocoles sont décrits, et l'auteure annonce elle-même les limites de son étude. Sa page de titre porte encore la mention non remplie du modèle Word.

Ce n'est ni une certification, ni un essai normatif, ni une publication scientifique relue par des pairs. C'est un travail d'étudiant, honnête, sur un montage de laboratoire alimenté par un bidon de 20 litres.

Le rapport ne ment pas. Tout ce qui suit vient de lui. Le problème se situe entre ce rapport et la fiche produit.

2Annoncé contre mesure

À gauche ce que dit la page de vente, à droite ce que le rapport a mesuré.

Sur quoiAnnoncéMesuré
Métaux lourdsessai sur le plomb, figure 11 99,9 % environ 60 %
Pesticides et perturbateursbisphénol A, DEET, déséthylatrazine, figure 12 99,9 % 20 à 80 %
PFASPFOA et TFA à 1 mg/L, figure 15 99,9 % 60 à 80 %
Chlorefigure 9 40 % laissés 62 à 74 % laissés
Nitratesfigure 10, eau à 1,35 mg/L seulement 99,9 % retenus, oui
Microplastiques et nanoplastiques 99,9 % non testé
Bactéries cartouche à 6 mois pour raison sanitaire non testé
Un point d'honnêteté de notre côté. Nous pensions que les nitrates n'étaient pas retenus. Le rapport prouve le contraire, la résine les capte. Nous le corrigeons ici plutôt que de le taire. L'eau testée n'en contenait toutefois que 1,35 mg par litre, une eau quasiment vierge.

3D'où sort le 99,9 pour cent

Un seul essai, dans tout le rapport, atteint ce chiffre.

Une molécule, le TFA. Une concentration, 160 microgrammes par litre. Un débit, 5 litres par minute. Résultat, 99,9 pour cent de rétention.

Ce chiffre unique est devenu, sur la page de vente, 99,9 pour cent des polluants éternels, des pesticides, des nitrates, des métaux lourds et des microplastiques. Alors que deux pages plus loin, dans le même document, le plomb ressort à 60 pour cent.

4Soixante-dix grammes

La cartouche ouverte, page 13 du rapport.

La cartouche contient 250 grammes de charbon actif de coque de noix de coco, et 70 grammes de résine échangeuse d'ions. Ce ne sont pas deux moitiés. C'est environ quatre cinquièmes de charbon pour un cinquième de résine.

Or c'est la résine, et elle seule, qui capte les PFAS et les nitrates. Le charbon, lui, travaille sur les molécules organiques, les pesticides, les solvants et le goût.

Soixante-dix grammes de résine, cela représente environ un dixième de litre de matière, soit une capacité d'échange de l'ordre de 60 à 130 milliéquivalents. Chaque sulfate et chaque nitrate de votre eau consomme une place. Et les sulfates sont mille à dix mille fois plus nombreux que les PFAS.

Ce n'est pas une opinion, c'est une division. La capacité de la résine divisée par la charge en anions de votre eau donne un nombre de litres. Faites le calcul avec votre propre eau ci-dessous.

5Votre eau, et la résine

Prenez les valeurs de votre dernière analyse, ou gardez celles de l'eau du rapport.

La résine est pleine après environ

110 à 240 litres

Soit quelques jours à quelques semaines d'utilisation.

Hypothèses posées et vérifiables : masse volumique apparente de 0,7 g par millilitre, capacité d'échange de 0,6 à 1,3 équivalent par litre, ce qui est la fourchette usuelle des résines anioniques fortement basiques. Seuls les sulfates et les nitrates sont comptés, car ce sont les anions qui prennent la place du chlorure. La fourchette est large parce que le fabricant ne publie pas la capacité de sa résine. C'est précisément la question à lui poser.

Une résine pleine ne s'arrête pas poliment. Les sulfates, plus affins, chassent les nitrates déjà fixés. La sortie peut alors être plus chargée que l'entrée. C'est le pic bien connu en dénitratation, et rien sur l'appareil ne le signale.

6Et le charbon, il tient combien

La reponse est très différente, et bien plus favorable.

Le rapport a mesure la capacité du charbon par un essai de saturation : 0,12 milligramme de polluant capte par gramme de charbon, soit environ 30 milligrammes pour la cartouche entière.

Dans cet essai, la rétention chute des 5 litres passés. Attention au piège : l'eau y était dopée à 20 milligrammes par litre, soit environ dix mille fois la réalité. Ces 5 litres ne sont donc pas 5 litres chez vous, ils représentent une masse de polluant avalée d'un coup.

2 µg/L d'eau
15 000 L
5 µg/L d'eau
6 000 L
10 µg/L d'eau
3 000 L

Le rapport retient l'hypothèse la plus favorable, 2 microgrammes par litre, et en déduit une durée de vie de 0,7 an, cohérente avec les 6 à 12 mois annoncés. Sur une eau plus chargée, la même cartouche tient deux à cinq fois moins longtemps.

Enfin, le charbon ne tombe pas à zéro. Il decline et se stabilise à un niveau résiduel. Dans l'essai de saturation, le DEET passe de 60 à 30 pour cent de rétention, puis s'y maintient. Vous continuez à filtrer quelque chose, simplement plus ce qui était promis.

7Ce que personne n'a mesuré

L'absence n'est pas une accusation, c'est un fait vérifiable.

8Un chiffre que personne ne peut vérifier

Annoncer 99,9 pour cent, c'est facile. Donner au client le moyen de le contrôler, c'est autre chose.

Sur la page de vente, aucun protocole, aucun laboratoire nommé, aucune norme de performance, aucun volume d'eau associé au chiffre. Et surtout, rien qui permette à celui qui a payé de vérifier quoi que ce soit chez lui.

Ce qui est annoncéMesurable chez soiComment, et à quel prix
NitratesouiBandelettes ou kit à gouttes, environ 20 €
ChloreouiPastilles DPD, environ 15 €
Métaux lourds, dont le plombnonLaboratoire, spectrométrie de masse
Pesticides et médicamentsnonLaboratoire, chromatographie
PFAS, les polluants éternelsnonLaboratoire spécialisé, plusieurs centaines d'euros
Microplastiques et nanoplastiquesnonAucune méthode domestique
BactériesnonLaboratoire, mise en culture

Sur les sept familles affichées à 99,9 pour cent, deux seulement se contrôlent simplement à la maison. Les cinq autres, dont celle qui motive l'achat, resteront invisibles à vie pour la personne qui a payé.

Et le seul signe perçu est le plus trompeur de tous. Ce que l'on remarque, en buvant, c'est que le goût de chlore à diminué. On en conclut que le filtre travaille. Or le chlore est justement le paramètre ou leur propre rapport mesure la plus faible performance, 26 à 38 pour cent. Le sens qui rassure renseigne sur ce qui marche le moins bien.

À noter, puisque la question revient souvent : un conductimètre de poche ne sert à rien sur cette cartouche. Une résine échangeuse d'ions ne retire pas de charges, elle les remplace. La conductivité ne bouge donc pas, et un chiffre stable ne prouverait ni que le filtre travaille, ni qu'il a cessé.

9Cette résine n'a rien de naturel

Le mot merite d'être remis à sa place, sans exagérer dans l'autre sens.

Une résine échangeuse d'ions est une matière plastique fabriquée en usine. Des billes de polystyrène réticulé au divinylbenzène, sur lesquelles on greffé chimiquement des groupes ammonium quaternaire, puis que l'on charge en ions chlorure. C'est un procédé industriel de bout en bout, et son fonctionnement est une réaction chimique : un ion contre un autre, à chaque litre qui passe.

Soyons honnêtes jusqu'au bout : le charbon actif est lui aussi un produit transformé, active à haute température et souvent à la soude. Tout est chimie, y compris dans un filtre présenté comme naturel. Et une résine correctement fabriquée ne relargue rien de dangereux, c'est précisément ce que certifie la norme NSF 61 affichée sur la boîte.

Le reproche n'est donc pas qu'elle soit chimique. Il porte sur trois points précis.

Un filtre n'a pas besoin d'être naturel pour être bon. Il à besoin d'être décrit pour ce qu'il est. Le problème n'est jamais la chimie, c'est le vocabulaire qui la recouvre.

Ce qu'il faut leur reconnaître

Un dossier à charge qui ne dit que du mal n'est pas un dossier, c'est un tract.

Ce n'est pas un mauvais produit. C'est un produit partiel vendu comme un produit total.

10Trois questions à leur poser, par écrit

Un commercial parle volontiers. Il écrit beaucoup moins.

S'ils répondent, tout le monde apprend quelque chose. S'ils ne répondent pas, la reponse est déjà la.